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Convention entre actionnaires : rachat croise, clause shotgun et financement par assurance 2026
La convention entre actionnaires est le document juridique le plus important pour toute entreprise comptant plus d'un actionnaire. Elle prevoit les mecanismes de rachat des actions lors du décès, de l'invalidité ou du départ volontaire d'un actionnaire. L'assurance vie et l'assurance invalidité sont les outils de financement les plus utilisés pour garantir l'execution de ces clauses. Ce guide couvre les deux structures de rachat (croise et par la société), les methodes d'evaluation, la clause shotgun, le rachat en cas d'invalidité et le role du conseiller en assurance dans la mise en place de cette planification.
Pourquoi une convention entre actionnaires est essentielle
Sans convention, le décès d'un actionnaire cree une situation chaotique. Les héritiers deviennent coproprietaires d'une entreprise qu'ils ne connaissent pas. Les decisions sont bloquees. Les actionnaires survivants doivent negocier avec la succession dans un contexte emotionnel et juridique complexe. La convention elimine cette incertitude en fixant a l'avance les règles du jeu.
La convention prevoit le rachat obligatoire des actions dans trois grandes categories d'evenements declencheurs. Le décès d'un actionnaire, ou les survivants doivent racheter les actions de la succession. L'invalidité permanente d'un actionnaire, ou l'actionnaire invalide ne peut plus contribuer a l'entreprise. Le départ volontaire, la retraite, la faillite personnelle, la perte de permis professionnel ou le divorce. Chaque evenement necessite un mécanisme de financement adapte, un prix de rachat et des modalites de paiement clairement definis dans la convention.
Rachat croise (cross-purchase)
Dans une structure de rachat croise, chaque actionnaire detient personnellement une police d'assurance vie sur la vie des autres actionnaires. Au décès d'un actionnaire, le survivant reçoit le capital-décès et utilisé ces fonds pour acheter les actions de la succession. L'avantage principal est que le survivant augmente son prix de base rajuste (PBR) sur les actions acquises, ce qui réduit le gain en capital imposable lors d'une vente future.
L'inconvenient majeur est la complexite. Le nombre de polices requises est n x (n-1), ou n est le nombre d'actionnaires. Avec deux actionnaires, il faut deux polices. Avec trois, il en faut six. Avec quatre, il en faut douze. De plus, les primes sont payees avec des dollars personnels après impôt, ce qui est plus couteux que de les payer avec des dollars corporatifs. Le rachat croise convient principalement aux structures a deux actionnaires avec des participations egales.
Rachat par la société (corporate redemption)
Dans une structure de rachat par la société, c'est l'entreprise elle-meme qui detient les polices d'assurance vie sur la vie de chaque actionnaire. Au décès, le capital-décès est versé a la société, qui rachete ensuite les actions de la succession. Le capital-décès moins le CBR (coût de base rajuste) de la police est credite au CDC (compte de dividende en capital), permettant un dividende libre d'impôt aux actionnaires survivants.
Cette structure est plus simple : une seule police par actionnaire, peu importe le nombre d'actionnaires. Les primes sont payees avec des dollars corporatifs, imposes au taux des petites entreprises (environ 12,2% au Québec) plutot qu'au taux personnel marginal (jusqu'a 53,31%). L'inconvenient est que le PBR des actions des survivants n'augmente pas, ce qui peut creer un gain en capital plus important lors d'une vente future. Le rachat par la société est la structure la plus courante et convient a la majorite des situations. Référence : LCSA art. 146 pour le rachat d'actions par une société fédérale.
Clause shotgun (offre obligatoire)
La clause shotgun est un mécanisme de resolution des impasses entre actionnaires. Lorsque les actionnaires ne s'entendent plus sur la direction de l'entreprise, un actionnaire peut declencher la clause en offrant un prix par action. L'autre actionnaire a alors deux choix : acheter les actions de l'offrant a ce prix, ou vendre ses propres actions a l'offrant a ce meme prix.
Ce mécanisme force un prix equitable car l'offrant ne sait pas s'il sera acheteur ou vendeur. S'il offre un prix trop bas, l'autre achete ses actions a rabais. S'il offre un prix trop haut, il devra payer trop cher. La convention doit prevoir les délais de réponse (généralement 30 a 60 jours), les modalites de paiement et les conditions de non-concurrence post-rachat. La clause shotgun fonctionne mieux entre actionnaires de taille comparable. Elle peut desavantager un actionnaire moins fortune qui n'a pas les liquidites pour acheter.
Methodes d'evaluation des actions
La convention doit prevoir comment les actions seront evaluees au moment du declenchement. Plusieurs methodes sont possibles. La formule fixe est un prix convenu entre les actionnaires et mis a jour annuellement, simple mais risque d'être desuet si non mis a jour. Le multiple des bénéfices calculé la valeur comme un multiple de l'EBITDA ou du bénéfice net (par exemple 4 a 6 fois l'EBITDA selon le secteur). La valeur comptable ajustee se base sur les actifs nets de l'entreprise ajustes a la juste valeur marchande. L'evaluation independante fait appel a un evaluateur d'entreprise accredite (CBV/EEE) qui déterminé la juste valeur marchande selon les normes reconnues.
La methode hybride est souvent recommandee : prendre la plus élevée entre une formule et un plancher minimum. L'evaluation devrait être revisee au moins une fois par année. Si les actionnaires ne parviennent pas a s'entendre sur la valeur, la convention devrait prevoir un mécanisme de resolution par un tiers evaluateur. La methode choisie a des implications fiscales directes : l'ARC peut contester un prix de rachat qu'elle considéré inférieur a la juste valeur marchande.
Rachat en cas d'invalidité
Le décès n'est pas le seul risque. L'invalidité permanente d'un actionnaire peut être tout aussi devastatrice pour l'entreprise. L'actionnaire invalide ne contribue plus mais detient toujours ses actions et ses droits de vote. L'assurance disability buyout (rachat d'invalidité) est concue specifiquement pour financer le rachat des actions dans cette situation.
Cette assurance comporte un délai d'elimination long, généralement de 12 a 24 mois, pour confirmer que l'invalidité est reellement permanente. Le paiement peut être forfaitaire (lump sum) ou etale sur une période de 2 a 5 ans. Le montant devrait correspondre a la valeur des actions a racheter. La convention doit definir clairement ce qui constitue une invalidité declenchant le rachat : invalidité totale pendant 12 mois consecutifs, incapacite de remplir les fonctions essentielles, ou un autre critere objectif.
Trois scénarios, trois mecanismes de financement
Scénario 1 — Décès : finance par l'assurance vie (temporaire ou permanente). Le capital-décès fournit les liquidites immediates pour le rachat. C'est le scénario le mieux couvert et le plus courant.
Scénario 2 — Invalidité : finance par l'assurance disability buyout. Delai d'elimination long (12-24 mois). Versement forfaitaire ou etale. Necessite une definition claire de l'invalidité dans la convention.
Scénario 3 — Départ volontaire ou retraite : finance par une clause de paiement echelonne. La convention prevoit un acompte initial (20-30%) suivi de versements sur 3 a 5 ans, souvent avec un billet a ordre et une surete sur les actions. L'assurance ne couvre pas ce scénario, mais un fonds d'amortissement corporatif peut être constitue.
Le role du conseiller en assurance
Le conseiller en assurance ne redige pas la convention — c'est le role de l'avocat. Le conseiller structure le financement. Il déterminé le type de police appropriate (temporaire pour les besoins a court terme, permanente pour les actionnaires plus ages ou les besoins permanents). Il calculé le montant de couverture nécessaire en fonction de la valeur des actions. Il recommande la structure de propriete (croisee ou corporative). Il met en place l'assurance invalidité forfaitaire pour le rachat en cas d'invalidité. Et il coordonne avec l'avocat et le comptable pour s'assurer que la structure d'assurance est alignee avec les dispositions de la convention. C'est un travail d'equipe entre trois professionnels. Référence : C.c.Q. art. 2186 et suivants (société en nom collectif), LCSA art. 146 (rachat d'actions par une société fédérale).
Considerations fiscales du rachat
En rachat par la société, le prix de rachat est repute être un dividende pour le vendeur (ou la succession). La différence entre le prix de rachat et le capital versé des actions est un dividende repute. Ce dividende repute augmente le CDC dans la mesure ou il provient du CDC. Le conseiller doit coordonner avec le comptable pour maximiser l'utilisation du CDC et minimiser l'impôt.
En rachat croise, l'achat est un achat d'actions pur et simple. Le prix paye devient le nouveau PBR pour l'acheteur. La succession declare un gain en capital (prix de vente moins PBR de la succession). L'exoneration des gains en capital sur actions admissibles de SPCC (1 250 000$ en 2026) peut s'appliquer si les conditions sont remplies.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre rachat croise et rachat par la société?
En rachat croise (cross-purchase), chaque actionnaire detient une police sur la vie des autres et achete les actions au décès. Le survivant augmente son PBR. En rachat par la société (corporate redemption), la société detient les polices et rachete ses propres actions. Le capital-décès moins le CBR est credite au CDC, permettant un dividende libre d'impôt. Le rachat par la société est plus simple quand il y a plus de deux actionnaires.
Comment fonctionne la clause shotgun?
La clause shotgun est un mécanisme de resolution des impasses. Un actionnaire offre un prix par action a l'autre. L'autre doit soit acheter les actions de l'offrant a ce prix, soit vendre les siennes a ce prix. Ce mécanisme force un prix equitable car l'offrant ne sait pas s'il sera acheteur ou vendeur. La convention doit prevoir les délais et les modalites de paiement.
Comment financer le rachat d'un actionnaire invalide?
L'assurance disability buyout (rachat d'invalidité) finance le rachat des actions d'un actionnaire devenu invalide de façon permanente. Elle comporte un long délai d'elimination (12 a 24 mois) pour confirmer l'invalidité permanente. Le paiement peut être forfaitaire ou etale sur 2 a 5 ans. Le montant devrait correspondre a la valeur des actions a racheter.
Quelles methodes d'evaluation utiliser dans la convention?
La convention peut prevoir une formule fixe (mise a jour annuellement), un multiple des bénéfices (ex. 4x EBITDA), la valeur comptable ajustee, ou une evaluation independante par un evaluateur accredite. La methode hybride (la plus élevée entre formule et plancher) est souvent recommandee. L'evaluation devrait être revisee annuellement.
Qui redige la convention et quel est le role du conseiller en assurance?
L'avocat redige la convention entre actionnaires. Le conseiller en assurance structure le financement : il déterminé le type de police (temporaire, permanente), le montant de couverture, la structure de propriete (croisee ou corporative) et l'assurance invalidité. Le comptable valide les implications fiscales. C'est un travail d'equipe entre trois professionnels.
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English summary:Comprehensive guide to shareholder agreements (buy-sell agreements) in Québec. Covers cross-purchase vs corporate redemption structures, shotgun clauses, share valuation methods (EBITDA multiples, adjusted book value, independent appraisal), disability buyout insurance, the three scénarios (death, disability, voluntary departure) with their respective funding mechanisms, the insurance advisor's role, and tax considerations including the Capital Dividend Account (CDA). References: C.c.Q. art. 2186+, CBCA s. 146.